Cinquante après le traité de Rome, les Européens se trouvent à la croisée des chemins. Après avoir accompli sa mission de redressement économique et réunification du continent, la construction européenne est arrivée au stade de la maturité et à l’heure des choix : veut-on améliorer le fonctionnement de l’Union actuelle, pour faire de l’Europe un outil efficace pour affronter la mondialisation, ou veut-on construire une entité politique d’un nouveau genre qui inaugure un projet de civilisation puisant dans le passé unique de l’Europe la source d’un nouveau pacte social ?
Européens fervents, nous pensons qu’il est temps que l’Europe relève le défi d’un grand projet de société pour le demi-siècle à venir, le défi d’une nouvelle frontière.
Ce moment a déjà trop tardé. L’Europe ne suscite plus d’enthousiasme populaire, et depuis l’euro, recherche en vain un grand thème mobilisateur propre à soulever l’adhésion du peuple européen. L’Union européenne a réussi son intégration économique. Tout en renforçant la compétitivité de son économie, l’Union doit désormais conquérir le cœur de ses citoyens et actualiser le projet des Pères fondateurs.
L’Europe est une idée neuve.
C’est l’idée d’un peuple constitué d’une mosaïque de pays qui après s’être affrontés pendant des siècles comprennent qu’ils appartiennent à la même famille et décident de mettre en commun leur héritage commun.
Il est temps de créer une véritable identité européenne : nous voulons favoriser un sentiment d’appartenance qui ne soit pas le reniement des cultures nationales, mais la connaissance mutuelle et l’amour de cette diversité qui fait notre unité.
L’Europe est un rêve.
C’est le rêve d’une civilisation qui après avoir apporté ses contributions à la construction de l’esprit humain et connu les plus grandes tragédies de l’histoire, cicatrise ses blessures, revient aux sources de son projet historique et délivre un message d’espoir pour résoudre les grands défis qui se posent au monde contemporain.
Dans un monde menacé par l’uniformisation culturelle, nous voulons que l’Europe promeuve l’apprentissage des langues au nom de la diversité culturelle.
Dans un espace européen qui a aboli les frontières douanières, nous voulons abolir les frontières mentales et faire de l’Europe un territoire de la mobilité et des échanges culturels.
A une époque où la formation est devenue la clé du succès économique, nous voulons créer une éducation européenne et promouvoir un esprit public européen en inventant une régulation des nouvelles technologies de l’information.
Dans un continent où coexistent toutes les religions, nous voulons créer une nouvelle laïcité qui garantisse l’harmonie et le dialogue des différentes formes de spiritualité.
Quel projet pour l’Europe ?
Après avoir renversé bien des barrières entre les peuples d’Europe, la construction européenne se heurte à une nouvelle frontière ; fondée, dans son développement, sur la création de solidarités concrètes, elle a réalisé le marché commun, la monnaie commune, la politique agricole, tant de grandes réalisations ! sans jamais avoir convaincu tout à fait les citoyens européens de sa légitimité. L’Europe reste un objet de méfiance. Pourquoi ?
C’est que n’existe pas, en Europe, l’espace public où les avancées de la construction européenne seraient débattues, amendées, appropriées, acceptées.
Certes un Parlement européen existe, élu au suffrage universel et secret. Mais, dans les campagnes qui préparent le vote, quels enjeux priment ? Vote sanction ou d’avertissement, vote d’adhésion ou d’équilibre ce sont toujours les enjeux nationaux qui sont prépondérants. La très forte abstention que l’on observe dans tous les Etats-membres provient de l’absence de débat proprement européen. A quoi sert de voter, si c’est seulement pour mesurer la popularité respective des partis à la moitié des mandats nationaux ?
Sans espace public commun, sans possibilité d’un dialogue réel et direct entre les Européens hors de la médiation de leurs gouvernements, le débat nécessaire aux décisions difficiles n’aura pas lieu. Le projet identitaire, culturel, linguistique, politique est en ce sens prioritaire pour approfondir l’Europe. Il faut permettre l’émergence d’une identité européenne. Grand mot, qui fait question et qui fait peur.
Soyons clairs tout de suite : une identité européenne, ce n’est pas la fin des identités nationales, ce n’est pas une identité séparée des identités nationales : c’est, tout au contraire, puisqu’il suffit d’être allemand, français, luxembourgeois ou slovaque pour être européen, la mise en valeur, en réseau, en perspective des identités nationales. Celles-ci sont le terreau où doit croître l’identité européenne. C’est en permettant aux Européens de se connaître eux-mêmes, entre eux, dans leur variété et leurs ressemblances que l’on fera émerger une identité proprement européenne.
C’est un projet très ambitieux, on le sent, un projet de cinquante ans, d’un siècle. Un projet que même les plus jeunes peuvent dédier aux enfants de leurs enfants. Mais un projet aussi dont peuvent émerger de nouvelles Lumières, qui consacre à nouveau en Europe le primat du dialogue, de la tolérance, de la connaissance dans un monde que menace une guerre économique perpétuelle. Un projet dont on pourra dire avec fierté : j’en étais.
Et les possibilités d’action immédiate existent. Il n’y a pas que le temps qui puisse faire œuvre de rassemblement culturel, à la faveur de solidarités économiques ou industrielles. L’action politique est possible !
Nous proposons de mettre en place :
- Une Europe de l’enseignement et de la formation : où la mobilité soit la règle pour des citoyens polyglottes.
- Une Europe des médias : où la connaissance des autres, de leur façon de réfléchir et d’appréhender les problèmes de notre temps soit au coeur du projet d'information.
- Une Europe de la citoyenneté : où chacun donnerait de son temps à agir pour la collectivité dans un pays autre que le sien.
- Une Europe de la visibilité politique : où les orientations possibles, délimitées, seraient incarnées clairement pour donner des alternatives claires aux citoyens, indispensables à la structuration du débat public.
mardi 5 mai 2009
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